Christine Lagarde a eu raison de peser ses mots. Le 18 avril, en visite
à Rabat (Maroc), la ministre de l’économie, confirmant l’intention du
gouvernement de repousser l’âge qui autorise un chômeur – aujourd’hui
57 ans et demi – à ne plus chercher un emploi, a expliqué qu’un senior
devait "pouvoir chercher du travail". "Pouvoir chercher" est l’expression juste : "trouver"
aurait été bien présomptueux. Il y a loin, en effet, entre les
ambitions affichées d’un pays et de ses acteurs – pouvoirs publics,
syndicats, patronat – qui considèrent à l’unisson l’emploi des seniors
comme une priorité nationale… et la réalité des pratiques sur le
marché du travail.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les années 1970, 73 % des
Français quinquagénaires exerçaient une activité, en 2006, ils ne sont
plus que 38 % environ. Entre-temps, le premier choc pétrolier de 1973
et l’apparition du chômage de masse ont sévi. Dès le début des années
1980, un consensus social se crée autour d’une gestion de l’emploi par
les âges et de la cessation anticipée d’activité avec la mise en
préretraite : syndicats et direction des ressources humaines (DRH) y
voient là – et les salariés y sont souvent favorables – la purge la
plus indolore. C’est le début d’une logique mortifère qui se poursuit
toujours.
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