Hommage

avec l’aimable autorisation de l’auteur, Marcel NUSS

Nicole est partie. Vaincue par la maladie. Une maladie qui ne l’aura pas ménagée ni épargnée. Nicole Diederich était une des rares, des trop rares, sociologue spécialisée dans la problématique du handicap et, plus particulièrement, le handicap intellectuel. C’était une femme de cœur, pleine de générosité et d’humanité. Une femme de gauche comme il en existe de moins en moins. Une authentique gauchiste soixante-huitarde qui n’a jamais renié ses convictions.

J’ai rencontré Nicole en 1999. Elle était accompagnée de son amie et compagne d’écriture, Danielle. Elles préparaient un livre sur l’eugénisme : Les personnes handicapées face au diagnostic prénatal (Érès). Elles étaient venues chez moi pour m’interviewer. Et nous ne nous sommes plus jamais perdus de vue. Une affection et une pugnacité militante réciproques n’ont cessé de nous unir. Tant et si bien que Nicole est entrée sans hésiter dans le Conseil d’administration de la Coordination Handicap et Autonomie (devenue depuis l’année dernière Autonomie France), lorsque je l’ai fondée.

Nicole s’est battue contre la stérilisation des femmes dites handicapées mentales, elle s’est battue contre l’eugénisme, la maltraitance en milieu institutionnel, contre la bêtise et les injustices, toutes les injustices.

Je ne verrai plus Nicole à mes côtés dans les manifestations que j’organiserai, je n’entendrai plus son rire si entraînant. Mais, en même temps, Nicole est et restera éternelle. Quelque chose d’elle est dans un recoin de moi et le restera. Dans mes combats, mes engagements, il y aura toujours un peu d’elle. Car elle comme moi, nous ne supportons pas et nous ne supporterons jamais tout ce qui méprise la vie, la liberté, la dignité, le respect de l’autre, de notre prochain. Tout ce qui méprise l’Homme.

À coup sûr, elle aurait bondi en entendant sur France Inter, le 31 mai dernier, dans l’émission Le téléphone sonne, les propos de ce cher Sénateur Jean Arthuis ─ probablement un spadassin du pouvoir chargé de préparer le terrain. Celui-ci s’émeut (ça s’émeut facilement un politique lorsque ce n’est pas son fric et qu’il a besoin de voix) : « En matière de dépenses, je voudrais aussi souligner l’incohérence législative et l’incohérence de gouvernance. Nous n’arrêtons pas d’édicter des normes, par exemple, une loi sur les handicapés, qui est certainement excellente au plan humain mais, budgétairement, je considère que toutes les mesures prévues ne sont pas finançables dans la situation de nos finances publiques. Je voudrais qu’il y ait un retour à la raison. On n’arrête pas d’édicter des normes nouvelles qui toutes aboutissent à des suppléments de dépenses publiques… » On ne souligne pas assez non plus l’incohérence, l’indécence et l’incompétence de certains politiques… Tu sais ce qu’ils te disent les « handicapés » ! Que c’est indigne de la part d’un politique d’avoir si peu de considération pour certains de ses concitoyens. Que tu n’as pas compris grand chose à la vie et à la réalité des personnes en situation de handicap, rien du tout même derrière ta vie de sénateur sentencieux qui aura une retraite mirobolante, pendant que les « handicapés », les chômeurs, les SDF, etc., continueront à crever à petit feu à cause d’un manque de lucidité, de courage et d’intelligence politiques.

Après François Fillon qui avait annoncé la baisse de 10 % des minima sociaux (dont l’AAH qui était censée augmenter de 25 % d’ici 2012), M. Arthuis nous prévient qu’on va s’attaquer à la PCH. C’est-à-dire à notre confort, à notre sécurité, à notre liberté, à notre autonomie pour permettre à un État d’incompétents de faire des économies pour masquer son incapacité à gérer et à faire une politique sociale digne de ce nom. Des économies sur le dos des plus démunis, des plus fragiles, au profit des plus riches, c’est moins dociles et ça peut rapporter plus. Nicolas ne s’attaquera pas aux nantis de Neuilly, ils l’ont mené au pouvoir… Il cherchera l’argent dans les zones, les banlieues, chez les crèves la faim.

Nicole ne passe pas ton temps à compter les moutons Là-Haut, insuffle de la combativité soixante-huitarde à ceux d’ici-bas qui en manquent singulièrement.

Je vais me sentir un peu plus seul désormais face à une cohorte de « handicapés » de l’esprit et du cœur qui se bâfrent de pouvoir et de gouvernance, convaincus de leur bon droit et de la justesse de leur courte vue. Car n’est pas handicapé qui l’on croit ici-bas…

Ceci étant dit, je reviendrai à la fin du mois… Peut-être avec de bonnes nouvelles qui sait ? Ne dit-on pas que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…

Espérons donc…

À bientôt.

Marcel NUSS

source : http://nussmarcel.fr/blog/?p=171