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Cette fois, l’allongement de la durée de cotisation de 40
à 41 ans est bel et bien acté. Selon le document d’orientation présenté lundi 28
avril par le ministre du travail Xavier Bertrand aux partenaires sociaux,
à partir de 2009, il faudra cotiser un trimestre de plus chaque année et, dès
2012, une durée d’assurance de 41 ans minimum sera nécessaire pour obtenir
une retraite à taux plein. Valable pour les salariés du privé comme pour les
fonctionnaires, cet allongement s’appliquera également aux régimes spéciaux à
partir de 2016, conformément à la réforme de l’automne dernier.
L’âge légal minimum requis pour pouvoir partir à la retraite reste, lui, fixé
à 60 ans, contrairement à ce que voulait le Medef. Et le dispositif de «
départ anticipé pour carrière longue », créé en 2003 à la demande de la CFDT
pour permettre à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir avant 60
ans, est reconduit. Mais, en raison de son coûteux succès (il a bénéficié à
plus de 500.000 personnes depuis 2003), le gouvernement va resserrer les
boulons, en se montrant moins tolérant concernant la prise en compte de
périodes qui n’ont pas été déclarées.
Pour que cet allongement à 41 ans ne se traduise pas par une baisse des
pensions pour la plupart des assurés, qui n’arrivent pas à se maintenir en
activité si longtemps, le gouvernement sait qu’il lui faut relever le taux d’emploi des 55-64 ans, qui stagne à 38
%. Pour cela, il demande aux entreprises et aux branches de conclure d’ici à
la fin de 2009 un accord comportant « un engagement chiffré de progression
sensible des 55-64 ans dans les effectifs ». Faute de quoi, « un mécanisme de
sanction » sera mis en œuvre « à compter de 2010 », sous forme d’une hausse
des cotisations retraites.
Muscler les
incitations à la prolongation d’activité
Quant à la
fonction publique, où les départs obligatoires à 55 ans ne sont pas rares,
elle est invitée à réviser ses pratiques. En particulier, « pour les
recrutements à venir », les fonctionnaires classés en «catégorie active»
(policiers, infirmiers, gardiens de prison…), pourraient voir remis en cause
le régime favorable (certains cotisent cinq ans mais valident six ans) qui
leur est accordé du fait de la pénibilité de leurs métiers.
Côté salariés, le gouvernement muscle certaines incitations à la prolongation
d’activité. Ainsi, l’indemnité de départ à la retraite pourra être majorée si
la durée d’assurance requise est dépassée. La surcote, qui permet aux assurés
qui choisissent de travailler plus longtemps que nécessaire de majorer leur
pension, passe de 3 à 5 % par année supplémentaire.
Le cumul emploi-retraite, qui était jusqu’ici limité puisqu’il n’était pas
possible de gagner plus que l’ancien salaire, sera « libéralisé ». Enfin, le
service public de l’emploi devra « renforcer l’offre spécifique pour les
seniors ». En contrepartie, l’âge auquel les chômeurs peuvent être dispensés
de recherche d’emploi (57,5 ans pour l’instant) sera progressivement relevé.
Enfin, en cas de reprise d’emploi dans des conditions salariales dépréciées,
l’écart de salaire pourrait être compensé par l’Unédic.
Cela suffira-t-il à enrayer la baisse des pensions, dont le niveau relatif
par rapport au dernier salaire a chuté de sept points ? Le gouvernement
n’envisage aucun mécanisme de correction de cette logique, au grand dam des
syndicats, qui réclamaient une revalorisation sur un indice plus favorable
que les prix. Il entérine, en revanche, deux promesses présidentielles : la
hausse de 25 % du minimum vieillesse d’ici à 2011 ; et l’augmentation de 54 à
60 % du taux de réversion pour les veufs et les veuves, tout en
réintroduisant une condition d’âge pour en bénéficier.
Aucune piste nouvelle côté recettes
Enfin, à
cause de la flambée des prix, toutes les pensions, qui n’avaient augmenté que
de 1,1 % au 1er janvier, bénéficieront d’un coup de pouce, d’un montant non
défini, cette année au 1er septembre. Et la revalorisation annuelle
interviendra désormais en avril pour mieux tenir compte de l’évolution des
prix.
Sur le front des recettes, aucune piste nouvelle ne se dessine non plus.
Évoquée par Nicolas Sarkozy en février, la taxation de l’intéressement et de
la participation n’apparaît pas dans le document de Xavier Bertrand. Celui-ci
prévoit, par contre, que la branche famille, qui prend en charge pour
l’instant environ 60 % de la majoration de pension de 10 % accordée pour les
parents de trois enfants, assumera bientôt la totalité de cet avantage
familial.
Il entérine surtout le scénario, prévu en 2003, d’une hausse des cotisations
vieillesse parallèle à une baisse des cotisations chômage, rendue possible
par l’amélioration de l’emploi, les experts ayant misé sur un chômage ramené
à 4,5 % en 2015. Un scénario très volontariste quand on sait qu’actuellement
le chômage (7,5 % en métropole) comme la dette de l’Unédic restent à un haut
niveau.
Nathalie BIRCHEM
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