La nausée sécuritaire

Courrier de Marcel NUSS

Consultant formateur écrivain conférencier et membre du conseil d’administration de l’association Synergie

Dans son numéro du 6 août 2010, le
Figaro publie un sondage IFOP aussi affligeant qu’inquiétant. Une
majorité de Français, de droite comme de gauche, sont pour l’expulsion
des délinquants d’origine étrangère, pour la déchéance de la nationalité
française pour les personnes coupables de polygamie – hallucinant une
telle idée alors que la France a été, en 2008, une des initiatrices
d’une Déclaration des droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et
l’identité de genre, votée par l’Assemblée générale des Nations unies !-
et d’excision, en cas d’atteinte à la vie des policiers ou des
gendarmes, pour le démantèlement des camps illégaux de Roms, pour la
mise en place de 60 000 caméras de surveillance dans les rues d’ici
2012, pour le port d’un bracelet électronique pendant plusieurs années
après la sortie de prison, etc. À quand la flagellation ou la lapidation
en public pour servir d’exemple ?

À gerber. À avoir honte d’être français.
D’être gouverné par une extrême-droite de pacotille. Une extrême-droite
par opportunisme, par électoralisme. Comment peut-on être pour de
telles mesures iniques et racistes tout en se prétendant démocrate,
républicain et soucieux de son prochain ? Comment peut-on se regarder en
face avec de telles discriminations sans discernement ni réflexion ?
Mettre tout le monde dans le même sac tout en restant immobile sur un
quai de gare à regarder une femme se faire agresser… Elle est belle la
France du chacun pour soi, du fric roi et des inégalités les plus
criantes, les plus criardes.

Et vive la crise ! Elle a bon dos. Et vive la régression démocratique !

Le plus lamentable dans tout cela, c’est
que je suis persuadé que la majorité de ceux qui soutiennent ces
mesures font partie de ceux que le « haut du pavé » exploite
généreusement, les citoyens-pantins. Il est vrai qu’à force de se
laisser manipuler et de se cramponner à des acquis dérisoires et
illusoires, de vivre dans la peur de perdre le peu qui leur reste,
d’aucuns sont prêts à piétiner leurs voisins, l’autre, le différent,
l’étranger de service au mépris de toute humanité.

Être prêt à tout pour se faire réélire
par une France a priori majoritairement xénophobe et raciste, c’est
minable. Essayer de dissimuler son incurie, son inculture et une
certaine incompétence derrière des mesures discriminatoires et
inhumaines est indigne d’un chef d’État. Le Napoléon du XXIe siècle
est-il plus glorieux que celui du début du XIXe siècle ? Dans les deux
cas, tout est bon pour asseoir son pouvoir. Surtout pour briller et
durer au maximum. Mais comment peut-on briller au dépens de son
prochain, de son semblable ? À force de vouloir renier ses origines de
fils d’immigré, notre président bouffe de la délinquance colorée à tous
les repas désormais. C’est très porteur et bien plus facile de voir le
mal partout, bien plus que d’essayer de faire le bien.

Il y a 75 millions de touristes – et
combien d’immigrés qui font les sales boulots ?- qui se leurrent en
plébiscitant « notre » beau pays, ai-je appris dans les DNA [Dernières
Nouvelles d’Alsace] du août. Ils visitent le pays des droits de l’homme
où l’homme a surtout le droit d’être viré lorsqu’il répond aux délits de
sale gueule ! Pauvre France. Prendre les minorités et les étrangers
comme bouc émissaire est le signe d’une incapacité à gouverner. André
Malraux aurait dit que « le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas ».
On est loin d’une telle prophétie, si c’en était une. Le XXIe siècle
est, pour le moment en tout cas, tristement sarcastique, démagogique et
mesquin.

Et notre politique sociale est à l’avenant ─ cf. http://www.yanous.com/news/editorial/edito100806.html.
Normal, il est plus facile de s’attaquer au porte-monnaie des plus
démunis qu’au coffre-fort des plus nantis. L’adage « on ne prête qu’aux
riches » n’a jamais été aussi vrai qu’en ce début de XXIe siècle.
Jusqu’à leurs offrir des redressements fiscaux – succession du sculpteur
César (Éric Woerth), Lagardère (Nicolas Sarkozy) -. Les riches sont
puissants et peuvent toujours servir, alors que le Français moyen,
l’ouvrier en sursis de chômage, ce sont des proies tellement faciles.

D’un point de vue géographique et
culturel, la France est indéniablement un des pays les plus beaux qui
soit. D’un point de vue humain, la dégradation devient plus
qu’alarmante.

La solidarité. Qu’est la solidarité dans
de telles conditions ? De la tarte à la crème, un rideau de fumée pour
cacher une indigence et une angoisse existence incommensurables.

Les plus démunis, les plus précaires
d’entre les Français, au lieu de se battre, de dénoncer les iniquités
dont ils sont victimes, préfèrent rejeter la faute sur l’autre,
l’étranger. Un hallali diaboliquement orchestré par un indéniable
prétendant au poste de président de la République.

Ainsi, les victimes deviennent coupables. Sous le regard de leurs bourreaux ricanants dans les sphères du pouvoir…

Et ils ont bien raison les bourreaux,
tout compte fait… Ils auraient tort de se gêner devant tant de lâcheté,
d’aveuglement, de surdité, de naïveté et d’individualisme forcené.

C’est la politique qui est discréditée dans tout cela. La politique dans ce qu’elle a de plus noble et plus humaniste.

Bonnes vacances M. le Président et consorts.

Marcel NUSS