Développer un service de garde itinérante ?

En annexe de la circulaire du 30 mars 2005 relative à l’application du Plan Alzheimer et maladies apparentées 2004-2007, on retrouve la définition d’un service d’un genre un peu particulier et finalement encore peu connu même des services d’aide à domicile : le service de garde itinérante. La définition en est la suivante : « La garde itinérante consiste à prendre en charge rapidement un certain nombre d’actes de la vie quotidienne que les personnes âgées ne peuvent pas accomplir seules. Intervenant de façon ponctuelle et transitoire à l’exclusion de tous services médicaux ou infirmiers, la mission de la garde itinérante (de jour ou de nuit) est d’assurer une présence, de rassurer, de soutenir psychologiquement et de permettre une intervention rapide en cas d’appel. Il peut être proposé des visites programmées permettant notamment, une aide au coucher ou au lever, auxquelles s’ajoutent des interventions à la demande du bénéficiaire, en général par l’intermédiaire d’un service de téléassistance ». 

Le service de garde itinérante est un service particulier qui demande une attention toute particulière et surtout de savoir où on met les pieds. Cela ne s’improvise pas car sa gestion demande une connaissance du terrain indispensable et une équipe compétente sur laquelle repose sa mise en œuvre. Un démarrage sur des bases solides et un travail constant sur la pérennité du service sont indissociables pour espérer pouvoir tirer les fruits d’un service qui apporte indubitablement un plus au territoire pour les personnes en perte d’autonomie. C’est notamment pour cette raison qu’il est fortement conseiller pour les services d’aide à domicile qui souhaitent se lancer dans ce type de projet de commencer par travailler sur le principe d’une garde itinérante exclusivement de nuit pour ensuite augmenter l’amplitude horaire vers un 24h sur 24.

Quelles interventions pour quel public ?

Il s’agit bien évidemment toujours de réaliser ce pour quoi les services d’aide à domicile (SAD) sont le plus compétent : apporter aide et soutien dans les actes essentielles de la vie courante aux personnes en perte d’autonomie. Ce qui recouvre tout le public qui souhaite rester à domicile malgré leur dépendance quelle qu’elle soit son origine : le vieillissement, le handicap, la maladie invalidante, la fin de vie, l’accident de vie rendant temporairement difficile certains actes de la vie.

Mais il s’agit également d’aller un peu plus loin que ces actes habituellement réalisés la journée par les SAD puisque un service de garde itinérante de nuit à vocation à intervenir également pour des passages dits de sécurisation : vérifier que les volets sont fermés, que la gazinière est éteinte, que la personne aidée va bien physiquement (s’est-elle hydratée ? a-t-elle besoin d’une aide pour l’accompagner aux toilettes ? a-t-elle besoin qu’on la change ? est-elle toujours paisiblement assoupie chez elle dans son lit ou a-t-elle chutée ?) et/ou moralement (l’angoisse de la nuit peut inciter certaines personnes à ce qu’on s’occupe d’elle). Autrement dit, le service de garde itinérante de nuit propose une présence rassurante tant pour la personne aidée que pour la famille aidante.

Un service de garde itinérante de nuit propose un service qui est complémentaire à ce que réalise un SAD. L’objectif finalement est d’assurer une continuité dans le service proposé et de rompre l’isolement en s’assurant d’être présent quel que soit le moment de la journée et, ainsi, assurer un meilleur respect du rythme de vie de la personne aidée. Telle personne âgée souhaite l’été se coucher à 23h30 plutôt qu’à 21h et telle autre souhaite se lever au lever du soleil à 5h30 plutôt qu’à 8h. Mais au-delà de ces gestes techniques, la garde itinérante peut être amenée également à maintenir le lien social et assurer à la personne aidée de pouvoir encore participer à la vie de la cité. Il est tout à fait possible, en ce sens, d’aider une personne à se déplacer : la personne handicapée qui souhaite aller au cinéma à 21h30 peut parfaitement faire appel à un service de garde itinérante pour l’y conduire et l’y rechercher 2 heures plus tard par exemple. Le lien avec la cité est préservé et l’isolement est rompu.

Déroulement des interventions

La particularité du service de garde itinérante est justement son caractère « itinérant » qui le distingue des interventions « classiques » d’un SAD. En effet, les interventions sont nécessairement courtes (ce sont finalement des interventions quasiment à l’acte) et ne durent que de 15 à 30 minutes. En outre, en pratique, on constate que la garde itinérante intervient quasi-exclusivement sur des périodes transitoires de la vie d’une personne et non dans une très longue continuité comme les interventions de journée classique qui peuvent durer plusieurs années.

Evidemment, au regard de la durée de l’intervention et de la particularité de la garde itinérante de nuit, on peut parfaitement comprendre qu’il ne s’agit que d’une période transitoire entre un besoin d’intervention classique la journée et une dépendance continue impliquant de plus lourdes interventions. Si l’on revient à la substantifique moelle de la définition de la garde itinérante rattachée dans les textes au plan Alzheimer par exemple, il apparait évident qu’une garde itinérante pour une personne dans une phase modérée de la maladie en terme de sécurisation par exemple peut parfaitement être rapidement indispensable (autant pour la personne aidée que pour la tranquillité d’esprit de la famille). En revanche, la garde itinérante trouvera rapidement ses limites si la personne malade déambule avec des risques de fugue, de chute, de blessure qui demande une présence permanente auprès d’elle, voire un placement.

L’expérience des structures en la matière démontre bien cette phase transitoire en ce que pour les personnes âgées par exemple, commence avec l’inquiétude des proches et la volonté de maintenir le plus longtemps possible leur parent au domicile dans l’attente d’un placement ou, cela arrive, de la fin de leur vie avec l’espoir que le décès se passe au domicile selon les vœux les plus chers de la personne aidée.

Des interventions qui peuvent ou non être programmées

Evidemment, comme pour toute intervention du SAD, il s’agit bien d’abord d’évaluer les besoins de la personne aidée, sa demande et ses attentes, ainsi que celle de sa famille aidante. Dans le principe, peut être proposée des interventions programmées à l’avance : je souhaite qu’une auxiliaire de vie vienne coucher ma femme tous les mardis et jeudis à 22h me permettant à moi de terminer de regarder jusqu’à la fin mes émissions préférées.  Toutefois, il est parfaitement possible de prévoir avec l’association qu’il est possible, car le mari vieillit et a parfois du mal à accompagner son épouse jusqu’au lit pour l’aide à la coucher, d’appeler pour une intervention non programmée afin de l’aider.

Quels sont les écueils à éviter pour ne pas se casser les dents ? Quels impératifs minimums le SAD doit prendre en compte avant de se lancer dans un tel projet ?

Autant je suis personnellement convaincu qu’il y a une véritable opportunité et un intérêt pour un territoire donné qu’un SAD développe un service de garde itinérante, autant je suis tout autant convaincu qu’il ne faut pas se lancer dans sa création sans en mesurer la portée et s’être précisément renseigné sur ses tenants et aboutissants.

Un service de garde itinérante c’est tout d’abord un coût qu’il ne faut pas négliger, loin de là. La première dépense d’un tel service repose sur l’utilisation d’un ou plusieurs véhicules destinés aux intervenants à domicile. En effet, le principal écueil est le coût de l’entretien et surtout du carburant utilisé pour les nombreux allers-retours nécessaires au fonctionnement du service.

Il faut, en outre, garder à l’esprit que ce service demande de recruter un personnel qualifié et expérimenté, d’où un surcoût de la masse salariale surtout si l’on est une structure à but non lucratif puisque la convention collective de branche du 21 mai 2010 impose de faire travailler la nuit du personnel de minimum catégorie B (salarié ayant un diplôme reconnu par la convention collective type assistante de vie au famille, BEP carrière sanitaire et sociale, etc. ou DEAVS pour les catégorie C). Ce qui, après tout, est logique. En tant que recruteur, je ne me vois certainement pas mettre quelqu’un d’inexpérimenté la nuit avec une indépendance totale et sans aucune qualification…

Il faut bien comprendre que ces coûts non pris en compte ont conduit de nombreux SAD à rapidement abandonner un service de garde itinérante qui financièrement les tirait vers le bas. Mon expérience et mes diverses rencontres avec des structures ayant monté ce service me conduisent à donc attirer à votre attention sur les points suivants :

– Quels sont les éléments que j’ai à ma disposition sur lesquels je peux déjà me reposer pour la création du service de garde itinérant ? Un personnel compétent qui peut dégager un peu de temps pour ce service (un comptable, un responsable de secteur, un pilote du projet). Il faut une équipe qui s’investit… Des locaux à ma disposition qui me permet de prévoir un emplacement réservé pour le service de garde itinérante (le personnel passe à l’association et au démarrage en attendant la montée en puissance, il y aura forcément des moments d’attente pour le personnel intervenant). Des voitures qui peuvent servir la nuit que l’on utilise déjà la journée et, encore mieux, un véhicule basse consommation électrique ou GPL (comme c’est le cas pour nous avec une voiture roulant au GPL qui sert la journée et la nuit pour la garde itinérante). Ce sont autant de frais que le SAD n’aura pas à ajouter dans la constitution du projet.

– Vers qui je peux me tourner pour réaliser et concrétiser ce projet ?  Car il ne faut pas se leurrer, les structures ayant réussi à maintenir ce type de service au démarrage le temps de la montée en puissance se sont tournés vers des financeurs afin d’apporter des premiers fonds au démarrage puis au développement de l’activité. Cela peut être au travers d’appel à projet (en l’occurrence nous avons obtenu une subvention de la fondation de France) mais aussi de partenariats pour développer la prise en charge du coût de l’intervention. Ainsi, dans le département d’action de ma structure, le conseil général ne connaissait pas la prise en charge du coût du quart d’heure et ou de la demi-heure d’une garde itinérante. Il a fallu plusieurs mois entre l’ouverture du service et l’existence d’une ligne budgétaire dans les tablettes des financeurs et encore quelques mois avant de voir arriver un tout premier plan d’aide prenant en charge une garde itinérante…

– Un partenariat fort sur le territoire et une communication de tous les instants. La meilleure publicité est faite par les partenaires sur les terrains et il faut pouvoir communiquer auprès de ces professionnels qui peuvent renseigner les familles vers le service de garde itinérante pour autant qu’ils soient convaincus de son utilité.

– Le travail de nuit. Sauf si vous travaillez dans une structure soumise à la convention collective de branche de l’aide, de l’accompagnement, des soins et des services à domicile du 21 mai 2010 qui prévoit le travail de nuit et le réglemente, il faudra nécessairement respecter un certain nombre de règles avant de pouvoir faire travailler de nuit vos salariés (information et autorisation de l’inspecteur du travail, concertation avec les membres élus du personnel, éventuellement accord d’entreprise). A ce titre, il faut noter que bien que les intervenants de nuits n’ont pas nécessairement une majoration horaire de leur salaire, ils bénéficient d’un temps de récupération qui aura nécessairement un coût.

En savoir plus : http://www.cnsa.fr/IMG/pdf/garde_domicile_nuit_synthese.pdf

Sébastien Charrière

sebastien.charriere@laposte.net